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PAROLES d'EXPERT : 3 QUESTIONS A...

Interview exclusive AEQUITAS & FIDES (05/2022)

Alexande Camarasa

Auditeur financier, KPMG, Ancien joueur de water-polo, capitaine de l’équipe de France (JO Rio 2016)

« La performance dans le sport et en entreprise, même combat « 

Les mondes du sport et de l’entreprise ont de nombreuses similitudes. Dans ces deux domaines, la performance est la valeur étalon. Dans le sport, surtout quand il se pratique en équipe, elle prend les traits de victoires, de titres et de moments collectifs forts. Dans l’entreprise, elle prend généralement la forme d’un chiffre d’affaires en hausse et d’une part de marché plus importante.

Et l’humain dans tout ça ? Trop souvent, il semble relégué au second plan, alors que je suis convaincu que chaque maillon de la chaîne est important. En sport collectif, il est nécessaire que des objectifs soient clairement établis et que chacun connaisse et accepte son rôle ou sa mission dans l’équipe.

Le système collectif est au-dessus de l’individu et le joueur est au service de l’équipe et du projet. On dit souvent que les individualités gagnent des matchs et les équipes remportent des titres.

1/ La composition d’équipe : l’élément clé

Arriver à constituer une équipe n’est pas chose aisée et un groupe d’individus n’en constituera pas forcément une. Cette notion est primordiale et les entreprises essaient, de plus en plus, d’arriver à ce niveau de cohésion. Un entraîneur nous « obligeait » à sortir tous ensemble pour créer du lien et casser les barrières qui pouvaient freiner cette cohésion. Les relations entre les joueurs étaient pour lui aussi importantes qu’un entraînement intensif. 

Travailler dans un environnement sain et bienveillant peut permettre d’atteindre rapidement les objectifs fixés car un salarié investi et s’étant approprié le projet de l’entreprise mettra, dans sa tâche, un supplément d’âme bénéfique.

L’effort pour atteindre cet objectif sera alors mieux supporté et la satisfaction de l’achèvement plus grande. Chacun doit bien comprendre qu’il fait partie du même groupe, de la même équipe et qu’il porte le même maillot.

2/ Définir une stratégie

Pour performer, il faut avoir un plan. Un entraîneur m’a dit : « La Ligue des
Champions, c’est comme l’Everest. De loin, cette montagne est magnifique et semble paisible. Mais si tu te rapproches et que tu essaies d’atteindre le sommet sans préparation, tu vas y laisser ta vie. » 

Ce plan se compose généralement d’objectifs à court, moyen et long termes. Après les Jeux Olympiques de Rio, en 2016, j’ai subi une triple opération (hanches et pubalgie) et je ne pouvais littéralement plus marcher. Le bonheur de participer à cet événement extraordinaire avait rapidement disparu et laissé place à une dépression. L’écart entre les JO et l’immobilité était trop grand pour moi. Pour sortir la tête de l’eau, je me suis fixé un objectif un peu fou : participer aux Championnats du Monde qui avaient lieu quelques mois plus tard.

Pour y arriver, je tentais de relever des défis à court terme comme parvenir à mettre mes chaussettes tout seul ou faire 200 mètres sur un vélo d’appartement. Ces objectifs peuvent paraître ridicules quand on sort des Jeux Olympiques mais, à ce moment de ma vie, ils m’ont permis d’avancer.

3/ Une nécessaire adaptation

La pandémie a fait changer les mentalités et le confinement a laissé des traces. Les dommages collatéraux sont nombreux et certains secteurs se retrouvent touchés par une grande vague de démissions. 

Les méthodes de travail ont également dû évoluer pour s’adapter à cette situation critique. Des outils informatiques ont été développés pour limiter les contacts et les risques de transmission du virus, le télétravail est devenu incontournable. Les réunions à distance ont vu le jour, les interactions entre les salariés sont devenues virtuelles, les liens entre les salariés et leur entreprise ont semblé petit à petit s’effriter.

Avec l’assouplissement des règles sanitaires, les entreprises doivent impérativement recréer du lien pour raviver ce sentiment d’appartenance des salariés. Mais cette tâche n’est pas aisée car la Covid a laissé son empreinte et les entreprises sont marquées économiquement et souhaitent à tout prix retrouver leur vitesse de croisière d’avant la pandémie. Cependant, cette recherche de profit doit s’accompagner d’actions créatrices de liens. 

Les entreprises doivent relever ce nouveau défi et créer du lien entre leurs salariés dans un environnement devenu virtuel et impersonnel. Il est certain que ces nouveaux outils constituent une opportunité pour les entreprises car il est plus facile désormais de faire des réunions entre des équipes éloignées géographiquement. L’information circule rapidement.

Néanmoins, l’humain ne doit pas être oublié et relégué au second plan. Des événements doivent être organisés pour que les équipes puissent se retrouver, échanger, créer des liens et s’imprégner d’une culture d’entreprise. Le management ne doit pas hésiter à échanger avec les équipes, à aller à leur rencontre et à casser la distance qui peut parfois exister.

 

Alexandre CAMARASA est un ancien joueur de water-polo, capitaine de l’équipe de France de water-polo au Jeux Olympiques de Rio en 2016, avec plus de 150 sélections avec cette équipe. Avec le Cercle des nageurs de Marseille, il a été 9 fois 1/2 champion de France (année Covid, on est champions sans le titre !). Il a également été vainqueur d’une coupe d’Europe (1er club français à remporter cette compétition). En parallèle, Alexandre a passé un double Master 2 Droit des Affaires avec une spécialité en Droit du Sport et un parcours grandes écoles à Grenoble Ecole de Management. Jeune retraité des bassins, Alexandre a rejoint KPMG en 2020 et occupe actuellement le poste d’auditeur financier, en effectuant également des missions de conseil et de prospection commerciale. Alexandre est représentant des athlètes au sein de la commission des athlètes de haut niveau au Comité Olympique et il est membre de la Commission des relations avec ce même comité. Il est aussi membre de la Commission d’éthique du Cercle des Nageurs de Marseille. Mais son rôle le plus important est sans nul doute celui de papa de Mia depuis bientôt 3 ans !